Le projet PAAGERA

Le PAAGERA (Projet d’Amélioration de l’Assainissement et de la Gestion des Eaux dans la Région d’Angkor) lance une étude inédite sur l’eau dans le parc d’Angkor 

 

Devant le constat de différents problèmes et insuffisances liés à la gestion de l’eau, à la fois pour les monuments et pour les populations locales, le PAAGERA va lancer une large étude durant l’été 2015 pour sauvegarder au mieux le paysage culturel et l’environnement d’Angkor, et améliorer les conditions de vie des populations.

Dans les années 2010, un groupe d’ingénieurs hydrologues passionnés par le système hydraulique unique du parc d’Angkor a été à l’initiative du PAAGERA. Avec le Dr Hang Peou, chef du département de la Gestion de l’eau de l’APSARA (Autorité pour la Protection du Site et l’Aménagement de la Région d’Angkor) qui travaille sur la restauration du complexe depuis 2004, l’Association des Amis d’Angkor (AAA) et le Syndicat Intercommunal pour l’Assainissement de la Vallée de la Bièvre (SIAVB) ont cherché des partenaires techniques et financiers pour développer le projet.

Ainsi, le SIAAP (Syndicat Interdépartemental d’Assainissement de l’Agglomération Parisienne), l’AFD (Agence Française de Développement), l’AESN (Agence de l’Eau Seine-Normandie), Véolia Eau et la Fondation Véolia se sont également mobilisés pour le PAAGERA.

Le projet a été lancé en 2014 pour une durée de 3 ans dans le cadre d’une convention de coopération décentralisée (loi Oudin-Santini, 2005) entre le SIAAP et le gouvernorat de Siem Reap. La convention est également signée par l’AAA, le SIAVB et l’APSARA.

Depuis le classement du site d’Angkor au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1992, sa gestion et sa protection sont confiées à l’autorité publique APSARA, maître d’ouvrage des études et des travaux.

Le PAAGERA dépend du département de la Gestion de l’eau de l’APSARA. Il porte sur l’ensemble du parc d’Angkor (environ 400 km²) qui comprend une centaine de villages, pour une population totale estimée à 120 000 personnes. 

 

L’eau, patrimoine d’Angkor

 

L’eau est visible partout dans le paysage. Il y a trois rivières majeures, celle de Siem Reap, qui prend sa source dans les monts Kulen ainsi que les rivières Roluos et Pourk.

Les nombreux canaux présents sur le site datent en grande partie de la période angkorienne. Ils ont des fonctions diverses. Notamment destinés à  l’alimentation des douves et des Barays, de grands bassins de retenue, ils servent également à l’irrigation agricole.

 Les ouvrages hydrauliques permettent de stocker d'énormes volumes et de réguler l'eau. Des barrages et vannages ont été restaurés ou construits depuis pour compléter le fonctionnement de ce système ancestral.

 

 Une ressource en danger ?

 

Avec le développement du tourisme de masse sur les sites d’Angkor mais aussi avec l’accroissement rapide de la population de la ville de Siem Reap, la demande en eau augmente et les forages privés se multiplient pour alimenter les hôtels des 3 millions de touristes annuels. Par conséquent, les ressources souterraines sont fortement sollicitées.

Pourtant la préservation de la nappe phréatique semble avoir une importance dans la protection du parc car les changements de niveau peuvent avoir des conséquences négatives sur la stabilité des temples. Le rapport réalisé par Hydratec en 2012 explique le phénomène et démontre l’importance de l’eau pour la stabilité des temples. En effet, le sable sec n’est pas un matériau pouvant supporter de lourdes charges, car en absence d’humidité les grains de sable peuvent rouler les uns contre les autres - contrairement au sable mouillé.

Ce fonctionnement a été découvert en 2005 et il a été démontré que les concepteurs des temples avaient identifié les endroits où les eaux souterraines étaient proches de la surface. De plus, ils ont inventé les systèmes des douves autour des temples pour assurer une fonction de barrières hydrauliques pour maintenir un niveau de nappe élevé près du monument.

 

Mieux comprendre pour mieux agir

 

L’étude lancée par le PAAGERA a pour objectif d’améliorer la connaissance sur l’eau dans le parc d’Angkor, notamment en caractérisant les régimes pluviométriques et hydrologiques (en lien avec le cycle de l’eau) et hydrauliques (qui renvoient à la circulation de l’eau).

Jusqu’en 2014, la gestion du système hydraulique était faite à partir de stations de mesure non télétransmises et certaines sont difficiles d’accès pendant la mousson. Les vannages sont manœuvrés manuellement et ils sont également difficiles d’accès, voire inaccessibles en crues pour certains.

Pour optimiser le fonctionnement du système, APSARA –avec l’appui du projet- a remplacé en 2014 un système de télémétrie permettant d’harmoniser les équipements en place. Ces nouvelles stations de mesure (au nombre de 20) sont autonomes en énergie et sont chacune équipées d’un moyen de communication sans fil qui permet l’envoi des mesures vers une centrale de données.  De plus, elles sont consultables par un accès internet sécurisé. Ces données de pluviométrie et de montée des eaux permettent d'ores et déjà au Dr Hang Péou et à ses équipes d'en tirer des informations précieuses dans la gestion hydraulique du parc d'Angkor.

APSARA souhaite également télégérer certains vannages et la pertinence de cette perspective fera l’objet d’une évaluation dans le cadre des études complémentaires.

La collecte et l’analyse de ces données, ainsi que la réalisation de cartes en SIG (Système d’Information Géographique) seront les outils principaux pour atteindre l’objectif final : mieux gérer les phénomènes.

 

Réguler l’eau…

 

Les dernières crues majeures ont eu lieu en 2000, 2009 et 2011. On peut penser que la déforestation dans les Monts Kulen en amont a déjà entraîné une augmentation de l’importance des crues et donc des inondations, ainsi qu’une augmentation de leur fréquence.

Pour Siem Reap, les dommages causés par la crue de 2011 aux infrastructures publiques ont été estimées à 15 millions de dollars US, sans compter les dommages subis par les commerces et les habitations. De plus, il faut aussi noter que la submersion du réseau d’assainissement est source de pollution causée par le déversement des eaux usées dans les rues (Hydratec, 2012).

Grâce aux résultats de l’étude du PAAGERA, le département de l’eau souhaite réguler au mieux les écoulements pour optimiser la gestion des étiages (niveau les plus bas des cours d’eau), des inondations dans les villages et dans la ville de Siem Reap tout en considérant les enjeux liés à l’affaissement des temples.

La régulation de l’eau dans la région d’Angkor trouve tout son intérêt pour l’irrigation agricole. En effet, dans les priorités de l’APSARA, l’allocation de la ressource pour les populations locales se situe en second plan après l’attribution pour les temples. De grandes zones irriguées destinées essentiellement à la riziculture représentent de larges zones au sud du Baray occidental et à l’intérieur du Baray oriental, qui n’est plus en eau depuis des siècles.

 

… préserver la ressource et améliorer les conditions de vie des populations

 

Dans l’ensemble du Cambodge en milieu rural, le taux d’accès de la population à l’eau potable est de 30% et à l’assainissement de 27%. Dans les bourgs ruraux et les villages, quand un assainissement existe, il est plutôt du type assainissement autonome - le ménage est équipé de latrines pour collecter urines et excrétas et d’un puisard pour collecter les eaux domestiques (cuisine, douche, vaisselle). La vidange des latrines est effectuée plusieurs fois par an par des artisans souvent faiblement équipés. Les boues de vidange sont ensuite évacuées vers de centres de dépotage.

Dans la province de Siem Reap (dont dépend le parc d’Angkor), les chiffres sont criants : seulement 4,5% des ménages auraient accès à des ressources en eau améliorée et 73% n’ont pas de toilettes. Concernant les familles restantes, 12% sont connectées à l’assainissement, 11,8% possèdent des fosses septiques et 2,6% des latrines à fosse[1].

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement liquide et solide est par conséquent également très insuffisant dans le parc d’Angkor, où la population est l’une des plus pauvres du pays.

Beaucoup de familles cultivent le riz. Toutefois, la production annuelle de riz est encore insuffisante pour la consommation familiale, surtout vers les mois de septembre et d’octobre. La majorité des familles, soit 60%, est pauvre. Selon une étude datée de 2007, les revenus mensuels moyens par habitant étaient de 24 à 30 dollars américains (soit de l’ordre d’un dollar par jour).

Dans le cadre de l’étude, un diagnostic de la zone va être réalisé pour analyser les besoins des villageois en termes d’accès à l’eau potable, à l’assainissement liquide et à la gestion des déchets. Grâce à la définition des zones prioritaires, notamment là où les taux d’accès sont les plus faibles, mais également où la ressource est en danger (pollution, surexploitation), le PAAGERA va élaborer et mettre en œuvre un projet pilote dans plusieurs villages.

La définition de l’assainissement à mettre en place pour un village est indissociable de son accès à l’eau. En effet, le type d’assainissement à mettre en place dépend notamment des volumes d’eau consommés par la population.

Suite aux résultats de l’étude, un large projet d’amélioration de l’accès à des infrastructures va être formulé pour assurer ces services de bases aux populations du parc d’Angkor et contribuer au maintien de la qualité de la ressource.

 
Sieam Reap, mai 2015
 
Cécile LAVAL
Volontaire APSARA
Coordination du Projet PAAGERA
 

[1] Les chiffres sont issus du dernier recensement national - General Population Census of Cambodia, National Institute of Statistics, Ministry of Planning, Phnom Penh, 2008.

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